Le Match d'Improvisation

 

Les Origines

 

Comme on a pu le voir, l'improvisation théâtrale est née bien avant le match d'impro ( -> par ICI )

Le match d'impro est né au Québec, à Montréal pour être plus précis, en 1977.

Robert Gravel, comédien québecois et co-fondateur du Théâtre Expérimental de Montréal (TEM) puis, après scission, du Nouveau Théâtre Expérimental (NTE), cherche à créer un nouveau "jeu de théâtre" pour lui et ses amis comédiens. Après plusieurs essais infructueux (dont paraît-il une variante du Monopoly) Gravel et ses amis ont l'idée d'un spectacle dont le décor rappellerait le hockey sur glace, sport extrêmement populaire au Canada. La légende raconte qu'ils auraient eu l'idée lors d'une soirée arrosée en observant les supporters rentrer d'un match de hockey sur glace. Lancé au départ sur le ton de la plaisanterie, Gravel n'y pense presque plus le lendemain quand il reçoit un appel d'Yvon Leduc, présent lors de cette fameuse soirée, qui parvient à le convaincre de mettre cette idée à exécution. C'est ainsi qu'avec l'aide de 11 amis comédiens (pour former 2 équipes de 6), d'Yvan Ponton qui en tant que premier arbitre contribua à l'élaboration des règles de jeu, de Pierre Martineau comme premier Maître de Cérémonie (qui contribua également à l'élaboration des règles en procédant au fur et à mesure à des ajustements et des améliorations), d'Anne-Marie Laprade, sa compagne, qui en coulisse contribua à la mise en place du jeu et d'Yvon Leduc qui aida fortement à la concrétisation du jeu, le premier match d'improvisation de l'histoire pût voir le jour le 21 octobre 1977 à minuit dans une cave de la maison Beaujeu à Montréal.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photo d'un match à la Maison Beaujeu. Crédit : www.lni.ca

 

 

 

Le Match d'Improvisation : La Voie du Succès

 

Programmé au départ pour 4 représentations (et produit par le TEM) le match d'improvisation a un tel succès que la saison 1977 proposera finalement 17 rencontres et verra la naissance dès l'année suivante de 6 équipes pour une soixantaine d'improvisateurs.

Le match ne fait pourtant pas tout de suite l'unanimité, surtout du côté des comédiens. Expérimental à ses débuts, le match pèche par une qualité de jeu médiocre mais c'est surtout le côté compétition qui déplaît aux acteurs. D'une part car les acteurs aimeraient offrir une belle image de "constructeurs solidaires d'une histoire" plutôt qu'adversaires

qui tirent la couverture à eux, d'autre part car cette compétition "de façade" révèle un peu trop au goût de certains la compétition "réelle" qui existe entre les comédiens dans le monde du théâtre (et du cinéma également).

Or c'est justement le côté compétition qui plaît au public, vecteur selon lui d'une plus grande créativité.

Entre les deux, c'est la demande du public qui sera la plus forte et suite à la scission du TEM, à cause entre autre du match d'impro que certains considèrent comme allant à l'encontre de la démarche esthétique du TEM et le trouvant trop institutionnel, Robert Gravel et Yvon Leduc créeront en 1979 la LNI (Ligue Nationale d'Improvisation) même si ils ont gardé 1977 comme date officielle de fondation.

 

Le succès grandissant, des championnats sont organisés puis au début des années 80 le phénomène explose avec une tournée européenne (dont une invitation au Festival d'Avignon en 1982) qui verra la création de ligues professionnelles en France (LIF), en Suisse (LIS) et en Belgique (LIB) et la première Soirée de l'Impro sur Radio-Québec (en 1982 également) qui élargira la renommée du match d'improvisation dans toute la province Québecoise.

Plus précisément c'est le 10 décembre 1984 que la LNI se produit en Belgique, aux Petites Halles de Schaerbeek. Impressionnés, Alain Stevens, Michel Scourneau et Jonathan Fox fonderont la 1ère Ligue d'Impro Belge (LIB) le 10 octobre 1985. Pour l'anecdote on retrouvera Michel Scourneau en 1990 à la télévision française sous les traits de... Père Fouras !

 

En Belgique toujours, la première Fédération Belge d'Improvisation Amateur (FBIA) voit le jour en 1989 contribuant ainsi à élargir le domaine de l'impro en dehors des seuls comédiens professionnels.

Quant à Robert Gravel il dirigera la LNI jusqu'à son décès brutal en août 1996 des suites d'une crise cardiaque. Lors des célébrations entourant les 20 ans de la LNI en 1997, un hommage sera rendu à Robert Gravel en retirant son numéro 1 qui ne sera plus jamais porté à la LNI.

 

Le Match d'Improvisation : Construire ensemble ?

 

Tous les improvisateurs vous le diront : improviser c'est construire ensemble, avancer ensemble dans une même direction...

Paradoxalement, le monde de l'impro s'est un peu construit "chacun dans son coin" et c'est pourquoi il n'existe pas aujourd'hui une seule association d'impro (comme la Fifa pour le foot) mais bien des centaines à travers la francophonie. Chacun a adapté les règles d'origine à sa manière, les catégories changent bien souvent de nom (et parfois leurs règles varient) selon les associations, ... mais il faut souligner qu'il n'existe aucune animosité entre les membres des différentes associations, de nombreux membres étant d'ailleurs inscrits dans plusieurs associations.

 

De même à ce jour aucun pays n'est représenté par une seule ligue officielle lors des grandes rencontres internationales et le Mondial d'improvisation (professionnel comme amateur) ne regroupe que des équipes issues de ligues (souvent les plus anciennes) qui ont fait un arrangement entre elles. Au mondial le plus réputé, qui se tient chaque année au mois d'octobre, la Belgique est représentée par une sélection de la LIB pour le Mondial professionnel et par l'Équipe Nationale, issue de la Sélection Nationale, de la FBIA pour le Mondial Amateur.

Chaque année on trouve plusieurs "Mondial d'Impro" en Belgique (Charleroi, Mons, Frameries, Amay, ...) mais ce ne sont jamais les mêmes équipes qui représentent leurs pays. À noter également que la majeure partie affiche une compétition "mondiale" de 4 pays. Si la Belgique et la France sont représentées à chaque fois, les autres pays concurrents varient entre le Luxembourg, la Suisse, l'Italie et le Québec. Il n'existe, à ce jour, aucun mondial amateur en Belgique qui regroupe ces 6 pays francophones et le continent africain n'est jamais représenté (à l'inverse du Mondial Professionnel où, par exemple, le Maroc s'est brillament illustré en 2015).

 

Le Match d'Improvisation : Et Aujourd'hui ?

 

Le Match d'Improvisation a fêté, discrètement il est vrai, ses 40 ans le 21 octobre 2017 et il faut bien dire qu'il a largement passé le cap du "phénomène de mode" pour s'inscrire dans la durée. Présent majoritairement dans toute la francophonie et le nord de l'Italie, il existe également quelques équipes néerlandophones, anglophones et hispanophones. Dans les 10 dernières années la seule LNI a été amenée à jouer en Belgique, en Suisse, en France, au Luxembourg, en Italie, au Congo, en Haïti, en Norvège, au Maroc, au Pérou et en Roumanie.

Le voyage est régulièrement cité comme un avantage de ce hobby, les équipes amateurs étant également régulièrement appelées à faire des rencontres dans toute la francophonie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Match amateur Improvisation.be Crédit : Arnaud Petit

 

Il existe actuellement plus de 100 équipes amateurs adultes dans toute la Fédération Wallonie-Bruxelles dont une trentaine pour la seule FBIA et près de 10 universitaires.

Ce à quoi on peut ajouter toutes les équipes en formation (et qui ne jouent pas encore de matchs public et n'ont donc pas encore de visibilité) ainsi que toutes les équipes ados dans les écoles et en activité extra-scolaires.

Il est par contre extrêmement compliqué de faire une estimation du nombre de membres pratiquant l'impro en Belgique car outre le nombre très variable de membres par équipe (entre 5 et 20 dans les cas les plus extrêmes), bon nombre de personnes sont membres dans plusieurs équipes à la fois (souvent inscrits dans 2 équipes, certains passionnés sont déjà allés jusqu'à 4 ou 5 équipes en simultané).

 

Outre la LIB dont la saison s'étend de janvier à mars, la Compagnie du Chambard à Mons est la seule compagnie professionnelle à proposer des matchs d'improvisation (3 à Mons et 3 à Dour).

 

Si, comme on l'a dit plus haut, le match d'improvisation a pu s'inscrire dans la durée, il n'échappe cependant pas à son lot de critiques de la part même de ses adhérents. Jeu trop centré sur la "vanne" et pas assez sur les émotions "vraies", temps de jeu trop rapides ne laissant pas la place à la construction, compétition trop mise en avant, ... ses détracteurs auraient encore bien des choses à dire sur le sujet.

C'est pourquoi, depuis quelques années maintenant, on observe, dans le circuit amateur également, comme une envie "d'autre chose". Les concepts varient de plus en plus, laissant de plus en plus de place au jeu et aux émotions plutôt qu'à la compétition et au besoin de résultat direct. Si c'est vrai pour le fond, dans la forme les équipes peinent souvent à se détacher complètement du match d'impro et on retrouvera souvent un maître de jeu (et parfois même un maître de cérémonie) ou même encore 2 équipes distinctes dans des spectacles dont le canevas ne les nécessitait pas particulièrement, preuve s'il en est de l'influence qu'a pu avoir le match d'improvisation dans le parcours de la grande majorité des improvisateurs.

 

 

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